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Les interventions non médicamenteuses (INM)

 

L’essor des Interventions Non Médicamenteuses ou INM (#interventionsnonmédicamenteuses)

Plus de 100 millions d’européens ont recours aux médecines douces (CAMBrella, 2012). Des professionnels de santé en ont fait une spécialité en Europe, environ 150 000 médecins et 178 000 paramédicaux (CAMbrella, 2012, www.cambrella.eu). Leur popularité grandit comme en témoignent les bestsellers, les couvertures de magazines, l’audience des reportages télévisés, la fréquentation des supports numériques. L’offre se diversifie. Elle est accessible partout, des hôpitaux à la médecine de ville, des pharmacies aux sites Internet. Un régime par ci. Un complément alimentaire par-là. Des boissons, des plantes, des tisanes, des régimes, des jeux vidéo, des objets connectés santé, des pratiques orientales, des techniques de gestion du stress, du yoga, des massages, de l’hypnose... La liste semble infinie. Tout semble bon pour la santé. D’obscurs noms de métiers finissant par « pathe » ou « logue » s’affichent sur les murs des villes.

Face à cette expansion aux raisons multiples (Ninot, 2013), une demande d’évaluation et de surveillance se fait de plus en plus forte de la part des usagers (CAMbrella, 2012), des autorités (Haute Autorité de Santé, 2011 ; Académie de Médecine, 2013 ; Nizard et Kopferschmitt, 2017) et des financeurs de santé (Eurocam, 2020). Quelles sont leurs bénéfices réels sur la santé ? Quels sont leurs risques ? Sont-elles des compléments des autres traitements ou des alternatives ? Sont-elles essentiellement des pratiques de prévention ? Est-ce aux médecins à les prescrire ? Sont-elles des portes d’entrée vers une secteur ou un refus de soin ? Le besoin d’informations transparentes sur leur sécurité et leur efficacité et de réglementation des usages et des professionnels devient urgent (Haute Autorité de Santé, 2011 ; Académie de Médecine, 2013 ; Ninot, 2013 ; Gueguen et al., 2014). Pour faire la lumière sur ces pratiques et mieux former les professionnels, quoi de mieux que la recherche clinique ?

Ne plus parler de médecine douce en général, mais d’INM

L’évaluation de ces solutions prétendument de santé ne peut se cantonner à l’étude des relations entre un professionnel et son patient (effet placebo) ou d’une discipline dans son ensemble. Affirmer que les plantes ou les activités physiques sont bonnes pour la santé n’a pas de sens. Il faut aller au plus près, décortiquer les techniques et les ingrédients, connaître les doses et les durées, savoir pour quel problème de santé elles ont un réel intérêt. Ainsi, parler d’hypnose en général n’a pas de sens. Par contre, parler d’une méthode d’hypnose pour arrêter de fumer prend tout son sens. Parler d’une méthode de yoga pour soigner une lombalgie aussi. Ces méthodes évaluées par la science sont appelées des interventions non médicamenteuses ou INM (Plateforme CEPS, 2017). Chaque INM doit avoir une appellation, des objectifs précis sur des indicateurs de santé, une population cible, un modèle explicatif (mécanismes d’action, processus psychologiques…), un contenu (durée, fréquence, intensité, techniques…), une qualification du professionnel et une liste de publications scientifiques associées (Ninot et Carbonnel, 2016).

Définition des INM

Selon la Plateforme CEPS (2017), une INM « est une intervention non invasive et non pharmacologique sur la santé humaine fondée sur la science. Elle vise à prévenir, soigner ou guérir un problème de santé. Elle se matérialise sous la forme d’un produit, d’une méthode, d’un programme ou d’un service dont le contenu doit être connu de l’usager. Elle est reliée à des mécanismes biologiques et/ou des processus psychologiques identifiés. Elle fait l’objet d’études d’efficacité. Elle a un impact observable sur des indicateurs de santé, de qualité de vie, comportementaux et socioéconomiques. Sa mise en œuvre nécessite des compétences relationnelles, communicationnelles et éthiques ». Une taxonomie est une forme de classification des Interventions Non Médicamenteuses (INM). Comme le schéma ci-dessus l’indique, l’ontologie des INM comporte 5 catégories et 19 sous-catégories. La Plateforme CEPS propose une version numérique et dynamique de l’ontologie des INM http://www.motrial.fr/npi-ontology

Passer les INM au tamis de la recherche clinique

D’après la Haute Autorité de Santé, « le développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses est conditionné par la production de données scientifiques sur l’efficacité comparative des stratégies médicamenteuses et non médicamenteuses par le biais de financements publics dans le cadre d’essais cliniques et en population réelle, au sein de laboratoires de recherche et de structures d’observation des pratiques » (HAS, 2011, p.56). Les méthodologies d’évaluation pour délivrer ces preuves sont en premier lieu les essais randomisés contrôlés, les autres études interventionnelles bien construites, les revues systématiques et les méta-analyses (Sackett et coll., 1996). Un essai clinique est une étude expérimentale pragmatique qui compare les bénéfices et les risques sur la santé d’une INM chez un groupe de personnes à un ou plusieurs autres groupes. Il permet d’affirmer que l’INM est efficace ou non pour résoudre un problème de santé dans un contexte donné, et ainsi de se débarrasser des pensées magiques, des amalgames, des effets de mode et des manipulations en tout genre. L’étude démontre que le contenu de l’INM (sa durée, ses composants, son cadre de pratique) compte plus dans les bénéfices sur la santé que la seule relation humaine entre un praticien et « son » patient que l’on pourrait attribuer aux effets placebo et Hawthorne. Ce type d’étude est aujourd’hui très encadré autant sur le plan méthodologique (Boutron et al., 2008) que règlementaire (Loi Jardé) et éthique (Comité de Protection des Personnes).

 

Bibliographie

Académie Nationale de Médecine. Thérapies complémentaires : Leur place parmi les ressources de soins. Paris : Académie Nationale de Médecine, 2013.

Boutron I, Moher D, Altman DG, Schulz KF, Ravaud P. Extending the CONSORT statement to randomized trials of nonpharmacologic treatment: explanation and elaboration. Ann Intern Med 2008; 148(4):295-309.

CAMbrella. Programme de recherche européen. A pan-European research network for Complementary and Alternative Medicine (www.cambrella.eu). Final Report of CAMbrella Work 2012

Dickersin K. The existence of publication bias and risk factors for its occurrence. JAMA 1990; 263:1385-1389.

Egger M, Smith GD, Altman DG. Systematic reviews in health care. Meta-analysis in context. BMJ Books 2001.

Eurocam. CAM 2020. The contribution of Complementary and Alternative Medicine to sustainable healthcare in Europe. Brussels: Eurocam, 2014.

Glasziou P, Meats E, Heneghan C et al. What is missing from descriptions of treatment in trials and reviews? BMJ 2008; 336(7659):1472-1474.

Gueguen J, Hill C, Barry C. Complementary medicines. In Wiley StatsRef: Statistics  Reference Online. John Wiley & Sons, Ltd, 2014.

Haute Autorité de Santé. Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses validées. Paris : HAS, 2011.

Liberati A, Altman DG, Tetzlaff J, Mulrow C, Gøtzsche PC, Ioannidis JPA, Clarke M, Devereaux PJ, Kleijnen J, Moher D. The PRISMA statement for reporting systematic reviews and meta-analyses of studies that evaluate health care interventions: Explanation and elaboration. PLoS Med 2009; 6(7):e1000100

Ninot G, Carbonnel F. Pour un modèle consensuel de validation clinique et de surveillance des interventions non médicamenteuses (INM). Hegel 2016; 6(3):273-279.

Ninot G. Démontrer l’efficacité des interventions non médicamenteuses : Question de points de vue. Montpellier : Presses Universitaires de la Méditerranée, 2013.

Nizard J, Kopferschmitt J. Collège Universitaire de Médecine Intégrative et Complémentaire. Hegel 2017; 7(4):327-330.

Sackett DL, Rosenberg WM, Gray JA, Haynes RB, Richardson WS. Evidence based medicine: what it is and what it isn't. BMJ 1996; 312(7023):71-72.