MOTRIAL

Métamoteur de recherche des études non médicamenteuses

Motrial : un méta-moteur permettant de trouver les études interventionnelles non médicamenteuses selon des critères méthodologiques, éthiques et réglementaires

Le moteur de recherche est en cours de développement dans le cadre d’un marché public avec le soutien de l’Etat, de la Région et de la Métropole de Montpellier (CPER 2015-2020). Il est disponible sur www.motrial.fr

 

Les interventions non médicamenteuses (INM)

Affirmer que l’activité physique, la psychothérapie, la phytothérapie, le numérique, la diététique ou le complément alimentaire est efficace pour la santé de tous et sans danger n’a pas de sens. L’évaluation des actions de prévention, des soins et des thérapies non pharmacologiques ne peut pas se cantonner à une discipline générale. Il faut aller plus près, décortiquer les techniques et les ingrédients, connaître les doses et les durées d’usage, savoir à qui elle s’adresse. A ce niveau de description, une méthode de santé devient évaluable par la science. On peut étudier sa reproductibilité, son bénéfice sur la santé par rapport à une autre. Elle est appelée une INM ou intervention non médicamenteuse. Chaque INM doit disposer d’objectifs précis sur des indicateurs de santé, d’une population cible, de mécanismes explicatifs, d’un contenu pratique, de prérequis professionnels et d’une liste de publications scientifiques associées. Des chercheurs (Boutron et al., 2008 ; Glasziou et al., 2008 ; Ninot, 2013 ; Gueguen et al., 2014) et des autorités de santé (Haute Autorité de Santé, 2011 ; Académie Nationale de Médecine, 2013 ; Collège Universitaire de Médecine Intégrative et Complémentaire, 2018) encouragent à une meilleure description et une évaluation plus rigoureuse.

Passer chaque INM au tamis des études interventionnelles et des méta-analyses

Les essais cliniques aussi appelés études interventionnelles constituent la source la plus fiable de l’efficacité, de l’innocuité, de l’efficience et du rapport coûts-efficacité de chaque INM. Ces études évaluent rigoureusement la valeur ajoutée d’une INM par rapport à des pratiques standards ou un produit placebo. Elles permettent d’attribuer les bénéfices santé à l’INM et non pas au hasard ou à l’évolution naturelle d’une maladie. Leur nombre augmente depuis les années 2000, leur qualité méthodologique aussi. Plus de 70 000 publications d’études de ce type sont produites chaque année dans le monde. Il en existerait plus de 2 millions.

Pour donner encore plus de puissance aux conclusions sur les intérêts et les limites des INM pour la santé, des méta-analyses sont proposées. Elles « additionnent » les résultats de toutes les études cliniques testant la même hypothèse avec une méthodologie similaire. Elles sont utilisées par les autorités de santé, les sociétés savantes et les expertises collectives pour émettre des recommandations d’usage et le cas échéant justifier des études supplémentaires. Une revue systématique compile les résultats de toutes les études cliniques qui correspondent à des critères d'éligibilité prédéfinis pour répondre à une question précise de recherche, par exemple l’efficacité d’une INM. Elle utilise une méthodologie rigoureuse pour minimiser les biais de collecte et de relecture (Dickersin, 1990) afin de fournir des résultats fiables à partir desquels des conclusions peuvent être tirées et des décisions prises. Une méta-analyse utilise des techniques statistiques complémentaires pour intégrer et résumer les résultats des études incluses dans une revue systématique (Egger et al., 2001). En combinant les données provenant de toutes les études pertinentes, les méta-analyses fournissent des estimations plus fiables des effets des stratégies de soin et de prévention que celles issues d’une seule étude (Liberati et al., 2009).

Une des difficultés des revues systématiques et des méta-analyses, l’identification exhaustive des études

Une des difficultés principales des méta-analyses est de recenser toutes les études dans le monde. Aucune base de données ne couvre l’ensemble des publications scientifiques d’un secteur, notamment celui des INM. Les bases de données biomédicales comme Pubmed aux USA n’intègrent pas toutes les revues scientifiques, en particulier celles comportant une intervention humaine (éducation thérapeutique, psychothérapie par exemple) ou technologique (objet connecté santé par exemple). De nouvelles formes de communication scientifiques s’offrent aux chercheurs comme par exemple des revues open access ou des revues où c’est l’auteur de l’article qui paie la revue pour publier et non pas le lecteur pour lire l’article. Ainsi, les stratégies des chercheurs soumis à la pression du « publish or perish » et des promoteurs des études deviennent complexes. Elles rendent l’identification de la publication principale d’un essai clinique plus difficile à trouver, noyée dans plusieurs articles dérivés de la même étude. Certains chercheurs décident délibérément de ne pas publier des résultats qui contredisent leur hypothèse ou des éditeurs refusent de publier des résultats négatifs. Une fois la liste des publications identifiée, reste encore à savoir si les études ont suivi les recommandations éthiques (par exemple la validation préalable du protocole de l’étude par un comité d’éthique), méthodologiques (par exemple l’enregistrement dans un organisme officiel) et déontologiques (par exemple sur le conflit d’intérêt entre évaluateur et financeur) en vigueur. Ainsi, la recherche systématique de toutes les publications pertinentes sur l’efficacité d’une INM ressemble aujourd’hui à un parcours du combattant qui peut prendre environ 6 mois. Pour faciliter cette recherche bibliographique, la Plateforme universitaire CEPS propose un moteur de recherche appelé Motrial. Ce système numérique permet de faire automatiquement en 6 minutes ce qu’un chercheur fait manuellement en 6 mois. Motrial trie et organise les publications des essais cliniques issus de plusieurs bases de données. Il distingue la publication principale des publications secondaires d’une étude clinique. Il indique si l’essai clinique a fait l’objet d’une déclaration à un comité d’éthique, d’un enregistrement du protocole aux autorités compétentes et d’un financement privé et/ou public. Il précise également le promoteur et le(s) pays de réalisation de l’étude.

Utiliser Motrial

Motrial est accessible en ligne sur le site www.motrial.fr. Il est gratuit. Il requiert la création d’un compte chercheur sur le site ORCID www.orcid.org. Chaque requête peut être paramétrée avec des critères méthodologiques et ontologiques en lien avec les INM. Le moteur de recherche affiche les caractéristiques principales de l’étude et la publication principale. Cette publication peut être commandée via les bases de données partenaires ou les éditeurs des revues. Chaque requête peut être enregistrée, modifiée, complétée. Motrial est ainsi le premier moteur de recherche qui permet aux chercheurs, aux universitaires et aux praticiens de mener des états de l’art plus exhaustifs et plus pertinents sur les bénéfices et les risques des INM sur la santé humaine.

Remerciements

La Plateforme CEPS remercie ses soutiens, le SIRIC Montpellier Cancer, l’INCa, la CARSAT Languedoc-Roussillon, l’Université Paul Valery Montpellier 3, l’Université de Montpellier, la Métropole de Montpellier, la Région Occitanie, l’Etat et l’Europe.

 

Bibliographie

Académie Nationale de Médecine. Thérapies complémentaires : Leur place parmi les ressources de soins. Paris : Académie Nationale de Médecine, 2013.

Boutron I, Moher D, Altman DG, Schulz KF, Ravaud P. Extending the CONSORT statement to randomized trials of nonpharmacologic treatment: explanation and elaboration. Ann Intern Med 2008; 148(4):295-309.

CAMbrella. Programme de recherche européen. A pan-European research network for Complementary and Alternative Medicine (www.cambrella.eu). Final Report of CAMbrella Work 2012

Dickersin K. The existence of publication bias and risk factors for its occurrence. JAMA 1990; 263:1385-1389.

Egger M, Smith GD, Altman DG. Systematic reviews in health care. Meta-analysis in context. BMJ Books 2001.

Eurocam. CAM 2020. The contribution of Complementary and Alternative Medicine to sustainable healthcare in Europe. Brussels: Eurocam, 2014.

Glasziou P, Meats E, Heneghan C et al. What is missing from descriptions of treatment in trials and reviews? BMJ 2008; 336(7659):1472-1474.

Gueguen J, Hill C, Barry C. Complementary medicines. In Wiley StatsRef: Statistics  Reference Online. John Wiley & Sons, Ltd, 2014.

Haute Autorité de Santé. Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses validées. Paris : HAS, 2011.

Liberati A, Altman DG, Tetzlaff J, Mulrow C, Gøtzsche PC, Ioannidis JPA, Clarke M, Devereaux PJ, Kleijnen J, Moher D. The PRISMA statement for reporting systematic reviews and meta-analyses of studies that evaluate health care interventions: Explanation and elaboration. PLoS Med 2009; 6(7):e1000100

Ninot G, Carbonnel F. Pour un modèle consensuel de validation clinique et de surveillance des interventions non médicamenteuses (INM). Hegel 2016; 6(3):273-279.

Ninot G. Démontrer l’efficacité des interventions non médicamenteuses : Question de points de vue. Montpellier : Presses Universitaires de la Méditerranée, 2013.

Nizard J, Kopferschmitt J. Collège Universitaire de Médecine Intégrative et Complémentaire. Hegel 2017; 7(4):327-330.

Sackett DL, Rosenberg WM, Gray JA, Haynes RB, Richardson WS. Evidence based medicine: what it is and what it isn't. BMJ 1996; 312(7023):71-72.